Avec le processus du GC8 en cours, les organisations communautaires sénégalaises formulent des demandes claires et non négociables auprès du Mécanisme de Coordination National (CCM) et auprès du Fonds Mondial.
Les OSC exigent ainsi que même en contexte de baisse budgétaire, la part des allocations dédiée aux interventions communautaires ne soit pas disproportionnément réduite. Les populations clés et les communautés les plus touchées dépendent presque entièrement de ces organisations. L’exclusion progressive constituerait une violation de l’engagement du Fonds Mondial envers l’équité.
Il s’agit selon Massogui Thiandoum de l’ANCS d’introduire des chemins de transition spécifiques au cycle avec des délais prévisibles pour l’autofinancement. Les OSC sénégalaises doivent négocier des horizons de transition réalistes — 3 à 5 ans au minimum — plutôt que des réductions immédiates, afin d’avoir le temps de mettre en place des modèles alternatifs de financement.
Ainsi une part substantielle du financement de la catégorie Systèmes Résilients et Durables pour la Santé (RSSH) du GC8 doit être allouée au renforcement institutionnel des OSC : formation des cadres, systèmes de gestion financière, développement de capacités locales de plaidoyer et de monitoring. C’est un investissement qui génère de la durabilité.
Facilitation de l’accès aux mécanismes de financement mixte et à l’approvisionnement groupé et Droits Humains.
Les OSC sénégalaises ne disposent généralement pas de la capacité technique pour accéder à des mécanismes complexes de financement mixte ou d’approvisionnement groupé. Le Fonds Mondial doit assurer un soutien technique dédié et des solutions simplifiées pour que les petites et moyennes OSC ne soient pas exclues de ces opportunités.
Face aux réductions budgétaires, le risque est que l’accent sur la valeur pour l’argent justifie l’exclusion systématique des populations stigmatisées ou difficiles à atteindre. Les OSC doivent exiger que les approches de priorisation du GC8 incorporent explicitement les droits humains, la réduction de la stigmatisation et l’équité comme critères centraux de sélection des interventions.
En somme, la réduction de 66 % des financements pour le Sénégal n’est pas une crise administrative ; c’est une crise de légitimité pour la santé communautaire. Elle obligera les OSC à se réinventer ou à disparaître progressivement de la réponse.
Les alternatives existent : mobilisation du financement domestique, financement mixte, intégration des services, renforcement des structures communautaires locales. Mais elles exigent une transformation stratégique rapide et une coalition de plaidoyer forte auprès du gouvernement, du Fonds Mondial et des partenaires régionaux.
Le processus du GC8 est en cours. Les OSC sénégalaises disposent d’une fenêtre critique pour négocier les termes de cette transition, exiger la représentation significative de la société civile dans les allocations, et s’assurer que la réduction des financements n’équivaut pas à la réduction de l’accès pour les populations les plus vulnérables. L’enjeu n’est pas technique ; c’est politique.
Avec Massogui THIANDOUM Directeur technique /ANCS

