Alors que la riposte au VIH entre dans une nouvelle phase marquée par la diminution des financements internationaux, les interventions liées aux droits humains sont directement concernées. Dans cet entretien, Alima Goumbala, chargée des questions de droits humains au Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), revient sur les défis du prochain cycle de financement GC8 du Fonds mondial et sur les stratégies mises en place pour garantir la continuité des actions prioritaires
Unegrande partie de la riposte au VIH repose encore sur des financements extérieurs. Or, une majorité des interventions liées aux droits humains sont intégrées dans les programmes soutenus par les partenaires, notamment le Fonds mondial, nous dit la chargée des droits humains au Conseil national de lutte contre le Sida.(CNLS)
La diminution de ces financements affecte directement la mise en œuvre des activités : les actions de prévention, de plaidoyer, ainsi que les interventions menées par la société civile auprès des populations vulnérables ou concernées.
Du coup a-t-elle ajouté, « certaines activités devront être réduites, d’autres pourraient disparaître, tandis que certaines seront renforcées parce qu’elles auront été identifiées comme prioritaires. Le contexte actuel nous oblige à faire davantage avec moins de ressources, mais avec une forte mobilisation et une réelle volonté de maintenir les acquis. »
Prioriser les interventions essentielles.
La question qui se pose est donc celle de devoir s’adapter, entre autres au prochain cycle de financement du Fonds mondial(GC8). « La stratégie adoptée consiste à prioriser les interventions essentielles. Dans le cadre du GC8, on parle d’interventions vitales. De notre côté, nous insistons sur les interventions prioritaires, notamment celles qui concernent la formation, la sensibilisation et le plaidoyer » Selon Mme Goumbala
Ainsi, l’un des grands défis sera d’institutionnaliser les droits humains dans la riposte au VIH afin de ne plus dépendre uniquement de formations ponctuelles. Nous voulons inscrire durablement ces questions dans les programmes de formation des différents corps professionnels.
« Avec les forces de police, par exemple, nous avons réussi à introduire un module de formation de base sur le VIH et les droits humains pour les personnes en formation initiale. Nous souhaitons également poursuivre le plaidoyer auprès des agents déjà en exercice.
La même démarche est envisagée avec le Centre de formation judiciaire (CFJ), afin que les futurs professionnels du droit soient formés à ces questions dès leur parcours académique.
Cette institutionnalisation permettra non seulement de toucher davantage de personnes, mais aussi de réduire les coûts liés aux formations répétées, car les effectifs évoluent constamment.
Nous voulons également renforcer cette approche auprès du personnel de santé. Un module sur le VIH et les droits humains existent déjà pour les professionnels en activité, mais l’objectif est de l’intégrer dans les curricula des écoles de formation médicale, des écoles de sages-femmes et des instituts de formation infirmière, avec l’implication des universitaires. »
La stigmatisation et les discriminations restent un défi majeur
Pour Madame Alima Goumbala, « il ne s’agit pas de contourner la réalité, mais de travailler avec elle. Les populations clés ont toujours été confrontées à la stigmatisation et à la discrimination. Pourtant, elles constituent un élément incontournable de la lutte contre le VIH.a
La prévalence au Sénégal ne permet pas d’ignorer ces populations. Pour maintenir une faible circulation du virus, il est indispensable d’agir auprès de tous les groupes concernés et de réduire les chaînes de transmission. »
Il existe cependant des obstacles juridiques et socioculturels et’ à ce propos, elle estime que « Notre approche consiste à mener un plaidoyer clair, ciblé, auprès des bons interlocuteurs, afin de favoriser le dialogue et de trouver des solutions permettant aux acteurs de santé d’assurer leur mission dans un environnement sécurisé. »

