L’Afrique du Sud a officiellement lancé, vendredi 5 juin, la distribution du Lenacapavir, un traitement préventif injectable contre le VIH présenté comme une rupture thérapeutique majeure. Administré sous forme d’une seule injection semestrielle, le produit affiche une efficacité proche de 100 % dans les essais cliniques, ouvrant une nouvelle séquence dans la lutte contre l’épidémie qui frappe le pays le plus touché au monde en valeur absolue.
Près de 40 000 doses ont été ventilées dans 360 cliniques publiques réparties sur le territoire, une logistique pilotée par le ministère de la Santé en coordination avec les bailleurs internationaux. Le président Cyril Ramaphosa a salué un « signe d’espoir » pour une nation où plus d’un habitant sur dix vit avec le virus.
Un tournant pharmacologique pour la prévention du VIH
Le Lenacapavir, développé par le laboratoire américain Gilead Sciences, appartient à une nouvelle classe d’antirétroviraux ciblant la capside du virus. Sa singularité tient à la fréquence d’administration : deux injections par an suffisent à maintenir une protection prophylactique quasi totale, contre une prise quotidienne pour les traitements préexposition (PrEP) oraux actuellement diffusés. Les essais Purpose 1 et Purpose 2, menés notamment en Afrique du Sud et en Ouganda, ont validé cette performance auprès de populations jeunes et féminines particulièrement exposées.
L’enjeu dépasse la simple innovation moléculaire. La prévention orale, déployée depuis une décennie, s’est heurtée à des taux d’observance dégradés, en particulier chez les adolescentes et jeunes femmes d’Afrique australe, cible prioritaire des stratégies onusiennes. Un schéma semestriel modifie radicalement l’équation : il neutralise la stigmatisation liée à la prise quotidienne et lève une partie des obstacles sociaux qui plombaient l’efficacité réelle des programmes.
Le verrou du prix et l’accès continental
La question du coût reste centrale. Gilead a annoncé, en octobre 2024, des accords de licence avec six fabricants de génériques pour permettre la production de versions abordables dans 120 pays à revenu faible ou intermédiaire, dont la quasi-totalité du continent africain. Plusieurs études économiques estiment qu’un prix cible inférieur à 100 dollars par patient et par an serait nécessaire pour absorber la demande potentielle.
L’Organisation Mondiale de la Santé a publié en juillet dernier des lignes directrices recommandant l’intégration du Lenacapavir dans les arsenaux nationaux de prévention combinée. La trajectoire dépendra de la capacité de fabricants de génériques indiens et égyptiens à monter en cadence dès 2026.

