Kolda – Lutte contre le Vih/Sida : L’urgence d’une coalition entre élus, secteur privé et santé

Avec un taux de prévalence de 1, 5%, soit cinq fois la moyenne nationale, la région de Kolda reste l’un des foyers les plus critiques de l’épidémie du Vih au Sénégal. Face à ce défi, les autorités médicales lancent un appel pressant pour une implication massive des élus locaux et du secteur privé.

Par Aladji Badjilang – La célébration de la Journée mondiale de lutte contre le Sida dans la capitale du Fouladou a pris cette année une résonance particulière. Derrière les discours de sensibilisation, le cri d’alarme du Docteur Thierno Chérif Sy, Coordonnateur régional de la prise en charge, souligne une réalité préoccupante : malgré une baisse historique de la prévalence (passée de 2, 4% à 1, 5%), Kolda demeure dans une zone de vulnérabilité extrême par rapport au reste du pays (0, 3%).

Le dépistage : un maillon faible à renforcer
Pour le Dr Sy, la clé de la victoire réside dans le «dépistage avancé». Il ne s’agit plus seulement d’attendre les patients dans les structures sanitaires, mais d’aller vers les populations. «Nous invitons les élus locaux et le secteur privé à accompagner les structures sanitaires, notamment pour l’organisation d’activités de dépistage avancées», a-t-il plaidé.

L’implication financière et logistique des communes et des entreprises locales permettrait de financer des unités mobiles capables de sillonner les zones rurales enclavées, là où l’information et l’accès aux tests font cruellement défaut.

Des obstacles techniques et géographiques majeurs
Le combat des acteurs de la santé à Kolda se heurte à des contraintes structurelles qui ralentissent les progrès, comme le déficit d’équipements. Car, le suivi de la charge virale, essentiel pour évaluer l’efficacité des traitements, est un parcours du combattant. L’appareil disponible à Vélingara est de faible capacité, obligeant certains patients à attendre ou à se déplacer sur de longues distances. Il y a aussi la question de la porosité des frontières, car Kolda, carrefour entre plusieurs pays de la sous-région, accueille de nombreux patients transfrontaliers. Si cette solidarité médicale est un devoir, elle complexifie le suivi épidémiologique.

Par ailleurs, la question des «Perdus de vue» nécessite aussi un fort engagement. C’est le point noir de la prise en charge. Sur les 2150 personnes suivies au district sanitaire de Kolda, un nombre inquiétant de patients entame le traitement avant de disparaître des radars, risquant ainsi de développer des résistances ou de transmettre le virus.

Vers une réponse multisectorielle
L’appel du Dr Sy est clair : la santé ne peut pas tout faire seule. Le passage d’une prévalence de 1, 5% à la moyenne nationale de 0,3 % exige un sursaut territorial. Autant les élus doivent inscrire la lutte contre le Vih dans les budgets de développement local, autant le secteur privé doit financer des campagnes de dépistage en entreprise et pour les populations vulnérables. Alors qu’il est attendu des partenaires, un soutien pour l’acquisition d’une unité de mesure de la charge virale moderne pour la capitale régionale.

La bataille de Kolda est celle de tout le Sénégal. Réussir à faire reculer le virus dans le Fouladou, c’est sécuriser les progrès sanitaires de l’ensemble du pays.
eh.coly@lequotidien.sn